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Tsinjoarivo est un village situé à 47 Km au Sud-Est de la ville d'Ambatolampy et à 80 Km au Sud-Sud Est de la capitale Malagasy, et la région environnante est connue sous le nom : Commune Rurale de Tsinjoarivo. Au cours du XIXième siècle (le dernier siècle de l'histoire malagasy avant la colonisation), trois Reines et leurs différents premiers ministres passent leurs vacances au Palais (« Rova ») de Tsinjoarivo, construit en 1830s. Le site a été choisi par la reine Ranavalona I en 1832, et les cinq bâtiments ont été construits en 1834-1836. Le « Rova » a été utilisé comme résidence d'été des Souveraines jusqu'en 1896, et a été utilisé par Ranavalona I (1840, 1842, 1856), Ranavalona II (1880,1882), et Ranavalona III (1890). A titre d'une part de brique pour le développement de l'Industrie de l'écotourisme à Tsinjoarivo, la région d'Auvergne en coopération avec la région de Vakinankaratra  a effectué des travaux de réhabilitation en 2008-2009 sur les différentes constructions ainsi que sur les objets archéologiques se trouvant à l'intérieur.

Le Rova est entouré, sur trois côtés, par le puissant fleuve Onive comportant deux cascades spectaculaires : Andriamamovoka (cascade brumeuse) et Ambavaloza (la porte de danger). Ces cascades sont l'une des principales attractions de la région et l'une des distractions préférées de la reine Ranavalona I était de regarder une vache jetée dans le fleuve être emportée vers les cascades sans aucune chance salut.

Les environs du village de Tsinjoarivo sont aujourd'hui dévastés par la déforestation (due à la longue histoire des activités humaines). Le tiers Est de la Commune abrite toutfois la majeure partie intacte de la forêt naturelle humide de l'écorégion du haut plateau Malagasy (qui reste encore en continuité avec la forêt humide de la commune voisine d'Anosibe an'Ala).

Tsinjoarivo mist
Rova

La moitié ouest de la forêt est topographiquement en continuité avec le haut plateau de l'île et se situe entre 1300m et 1675m d'altitude. Historiquement, cette partie a été fragmentée et dégradée par l'occupation et la migration de la population à partir du haut plateau. Par contre, si la moitié est de la forêt se trouve à une altitude légèrement inférieure (entre 1200 et 1600m), elle s'arrête à la grande falaise de l'est, à presque 1 km au-dessus des plaines côtières ci-dessous, ce qui rend l'accès difficile et minimise les pressions anthropiques.

 

Cliquer ici, pour voir la carte de Tsinjoarivo.

Pour plus d'information, veuillez visiter le site: www.tsinjoarivo.info

La Population de Tsinjoarivo

La forêt de Tsinjoarivo est partie du couloir forestier qui s'étend du au nord du sud dans la bande qui relie Ranomafana (au sud) et Mantadia (au nord). De même que Tsinjoarivo s'étend dans l'espace séparant le haut plateau central et les plaines de l'est, il couvre aussi une aire séparant deux groupes ethniques. La partie Est de la forêt abrite un petit nombre de Betsimisaraka, tandis que la partie Ouest est occupée par un grand nombre de Merina. Une invasion de la population provenant du haut plateau (à l'ouest) en passant par la ville de Tsinjoarivo a causé la déforestation et la fragmentation de la partie ouest de la forêt de Tsinjoarivo au cours de la seconde moitié du XXe siècle.

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Tsinjoarivo mother and child

Avant 1970, la forêt primaire couvre encore la majorité de la partie Est de la commune atteignant même la ville de Tsinjoarivo. Les Merina de Tsinjoarivo ainsi que ceux venant plus loin de l'Ouest ont utilisé certaines vallées (commes celles de la région de Mahatsinjo) comme lieu de pâturage de leur bétail (au sein de la forêt). À partir de 1975, ces mêmes populations ont défriché les vallées qu'ils ont utilisées pour leur bétail pour des plantations de canne à sucre. La production de rhum traditionnel ou le fameux «toaka gasy» à base de canne à sucre a été très populaire dans la forêt puisque c'était leur principale source de revenu. En outre, le bois précieux obtenus de l'abattage des arbres pouvait être vendu aux fabriquants de charettes (90% des actions) et pour la construction des maisons (10% des actions). Chaque année, le rendement et le taux de production de canne à sucre décroît. Par conséquent la plupart des champs de canne à sucre ont eventuellement été convertis en cultures de patates (voamanga), de manioc (mangahazo) ou de maïs (katsaka). Cependant, les gens ont profité de la reconnaissance de leurs droits traditionnels (la pâturage de bétail) pour s'installer officieusement à plein temps. Les gens qui ont envahit la forêt deviennent de plus en plus nombreux et exploitent davantage de forêt. Ils ont commencé à vivre en permanence et à bâtir des maisons et des rizières de plus en plus grandes.

Encore aujourd'hui, quelques gens locaux, surtout les descendants ou membres de famille des parents qui ont envahi la forêt la première fois, continuent à défricher la forêt primaire pour la pratique des cultures sur-brûlis ou « Tavy ». Cela consiste à la fois en l'expansion de champs existants et au défrichement de nouvelles vallées. Au sein de la forêt primaire restante, beaucoup de gens pratiquent encore l’exploitation illicite des grands arbres précieux afin de les vendre aux fabricants de charrettes. Cette pratique entraîne souvent une progression vers le défrichement de la forêt primaire: premièrement, extraction et vente des grands arbres, puis utilisation de bois de moyenne et de petite taille pour usage local et bois de chauffage, et finalement conversion de sous bois en champ de culture.

D'autres usages des ressources de la forêt se pratiquent également. Premièrement, les gens continuent à produire le rhum traditionnel (« Toaka gasy »), en utilisant l'écorce d'un arbre endémique appelé « Rotra » (Syzygium spp.) pour favoriser la fermentation (« Laro » en malagasy). De plus, la litère de l'intérieur la forêt sert à la fabrication de compost (« epoka »/« zezika ») pour les champs de culture. Quelques guérisseurs traditionnels utilisent encore feuilles, écorce, troncs, racines, etc. pour la concontion des remèdes. Finalement, la forêt est utilisée quotidiennement pour le bois de chauffage, et la construction d'abris temporaire (crêches par exemple), ou pour la fabrication des outils (pelles, machettes, fouets, etc.).

L'impact sur la forêt est de plus en plus important. Déjà, la plupart des gens ne trouvent plus de bois fiables, comme l'Ocotea sp., pour la construction de leur maison. Par conséquent, ils utilisent tout simplement n'importe quel arbre de grande taille comme matériaux de construction.

Faune et Flore de Tsinjoarivo

En traversant la forêt, on a de grandes chances de rencontrer le « Sadabe » : Propithecus diadema, le plus grand et le plus visible des lémuriens de cette région. La densité de la population de « Sadabe » est relativement importante et peut atteindre quatre groupes par kilomètre carré. Nos équipes de recherche ont habitué plusieurs groupes à ne pas craindre les gens. Cet animal de 5 kg vit en petite groupe le plus souvent formé de la mère, du père et d'un à quatre enfants de différents âges. Son régime alimentaire comprend plus de cent espèces de plantes dont il mange les fruits, les graines, les fleurs, des feuilles ou les galles. Il préfère souvent les grands fruits juteux des grands arbres de la forêt humide qui ne sont habituellement disponibles que durant la saison de pluies (Janvier-Mars) et qui n'existent plus dans les petits fragments de forêt. Pour Sadabe, la nourriture la plus importante est le « gui » malgache, une plante parasite dont les fleurs et les feuilles lui fournissent un important complément de nourriture pendant la période de soudure et sèche (Mai-Août).

Chameleon

Les autres espèces de lémuriens, plus petit, plus mystérieux et souvent nocturne, sont difficiles à voir. Cependant, il est fréquent de surprendre des lémurs laineux endormis (Avahi laniger, décrit ci dessous) pendant leur sommeil diurne.

Woolly lemur

Des études biologiques à Tsinjoarivo ont révélé une grande richesse en biodiversité. La forêt abrite au moins 9 espèces de primates, 17 insectivores (dont 16 tenrecs endémiques), 7 rongeurs (dont 5 nesomyines endémiques), 5 carnivores (dont 4 sont endémiques), 92 oiseaux, 24 reptiles et 30 amphibiens, en particulier plusieurs espèces de caméléon, lezard, geckos à franges, le bleu Martin-pêcheurs vintsi, des belles orchidées et epiphytes. Parmi les différentes régions de Madagascar, Tsinjoarivo est classée comme celle ayant le plus haut taux d'endémicité en espèces d'insectivores (Tenrecidae). Les études botaniques ont indiqué l'existence d'au moins 247 espèces végétales. Ce taux très élevé d'endémicité est dû à deux facteurs biogéographiques. Premièrement, deux grands fleuves agissent comme barrières géographiques séparant Tsinjoarivo de la forêt tropicale humide de l'Est: la rivière Mangoro à l'est et la rivière Onive au sud. Deuxièmement, Tsinjoarivo est un « îlôt » jonché à très haute altitude et dont la couverture forestière est continue dans deux directions (vers le sud et vers le nord-est), rampant sur une pente très abrupte. En fait, parmi les forêts malgaches restantes, Tsinjoarivo se situe à l'altitude la plus élevée. Et puisqu'il est topographiquement en continuité avec le haut plateau central de Madagascar (qui est actuellement dénudé dans sa grande partie), alors il est fort probable que Tsinjoarivo abrite les populations restantes des espèces spécifiques du haut plateau.

Malheureusement, comme dans beaucoup des forêts dans le monde, les pressions anthropiques poussent les espèces uniques de Tsinjoarivo vers la phase aigü de disparition, avant même que les chercheurs puissent terminer de les cataloguer!

Vous désirez visiter?

Le développement de l'écotourisme à Tsinjoarivo est actuellement en cours, par le biais de la collaboration entre Sadabe, la Région d'Auvergne de France, l'association locale Maitsoanala, et les autorités et communautés locales. L'écotourisme sera concentré autour du village de Mahatsinjo, où les touristes ont facilement l'accès à neuf espèces de lémuriens, à des douzaines d'espèces d'oiseaux endémiques, des caméléons, des orchidées, et en général un rare paysage de forêt tropicale de haute altitude. Actuellement, Le Palais de la Reine à Tsinjoarivo est ouvert pour les touristes et une gite est disponible (« Le Gite du Rova ») juste à côté pour l'hébergement. Voyageurs qui veulent s'engager en "tourisme villageoise" à la région de Tsinjoarivo doivent s'adresser au "Association Vonona". Pour plus d'information au sujet du développement des infrastructures, ou la disponibilité de guides en vue de visites en la forêt, contactez directement SADABE.

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